mercredi 16 juin 2010

uivez les annonces d'Éric Woerth en direct sur Le Point.fr à partir de 8 h 30 C'est l'heure de vérité. Mercredi, le gouvernement lève le voile sur la très périlleuse réforme des retraites. Un texte doit être présenté dans la matinée. Mais, déjà, ce n'est plus une surprise, l'âge légal de départ à la retraite devrait être reculé à 62 ou 63 ans, contre 60 ans actuellement. Pour décider des derniers arbitrages, une réunion restreinte a eu lieu, mardi en fin d'après-midi à l'Élysée, en présence du Premier ministre, François Fillon, et du ministre du Travail, Éric Woerth. Dans un communiqué diffusé peu après cette rencontre, le chef de l'État Nicolas Sarkozy indique qu'il laisse jusqu'à la fin de la semaine à Éric Woerth pour "recueillir les remarques et suggestions des partenaires sociaux" sur ce texte. Le gouvernement doit aussi préciser ce qu'il compte faire de la durée de cotisation nécessaire pour une retraite à taux plein, un paramètre que le PS et la CFDT sont prêts à voir bouger, contrairement à l'âge légal. Déjà, en vertu de la réforme Fillon de 2003, cette durée passera à 41 ans en 2012. Mais continuera-t-elle ensuite à augmenter jusqu'à 41,5 ans en 2020, comme envisagé ? Ou plus rapidement ? Si la hausse du taux de cotisation des fonctionnaires semble acquise, il y aurait encore des interrogations sur son niveau et sur les personnes concernées (tous les fonctionnaires ou seulement les nouveaux entrants). Le gouvernement est très attendu aussi sur le volet "pénibilité" de sa réforme, qui doit définir quelles contreparties accorder aux salariés qui ont eu les métiers les plus durs. Son approche, individualisée et basée sur le constat médical des effets du travail sur la santé, rebute les syndicats. Du côté des nouvelles recettes à apporter - volet qui sera vraisemblablement le plus faible financièrement au grand dam des syndicats et de l'opposition -, l'exécutif doit préciser les contours, toujours très flous, de la fameuse contribution des "hauts revenus" pour les retraites. Éric Woerth a indiqué, mardi après-midi, que des mesures concerneraient les "retraites-chapeaux" des grands patrons. Le PS est aux aguets sur le sort réservé au fonds de réserve des retraites (FRR), créé par Lionel Jospin en 1999 pour lisser les effets du choc démographique sur le système des retraites après 2020, mais que le ministre du Travail n'a pas exclu d'utiliser à court terme. Ainsi complété, le projet sera présenté le 13 juillet en conseil des ministres, avant d'arriver au Parlement en septembre. Où il n'est pas exclu que son contenu évolue encore.

OU il est question de Clearstream au procès Kerviel. Mercredi 16 juin, au 7e jour du procès de l'ancien trader de la Société Générale, le président du tribunal prononce ce mot : Clearstream. Amusant quand on sait que Dominique Pauthe a dirigé les audiences du procès des faux listings. Nous sommes alors en plein cours sur les warrants et les contreparties. La séance a commencé sur une passe d'armes entre les avocats de Jérôme Kerviel et ceux de la banque à propos d'une demande des premiers aux seconds. Me Metzner a souhaité une copie des disques durs et de la messagerie des supérieurs de son client. Ce à quoi Me Veil a objecté que « le tribunal n'a pas à juger des faiblesses de la Société Générale mais des infractions de Jérôme Kerviel ». Le parquet a abondé en ce sens, estimant que quelques Giga octets de données ne changeront rien au procès, si ce n'est le retarder. Le juge Pauthe a donc tranché, décidant de ne pas demander lesdites pièces.

"On a l'impression qu'il y a cinq procureurs dans la salle"

Place désormais au prévenu. Lors de son interrogatoire, Jérôme Kerviel, dont la ligne de défense n'a pas changé depuis le début, répète que ses écarts de résultats étaient quotidiennement rapprochés dans la base tampon et que les explications fournies aux services de contrôle et aux responsables des risques n'étaient absolument pas crédibles. Visiblement agacé, le président sort pour la première fois de sa réserve et lui demande « si ça ne tient pas la route, alors pourquoi le faire ? » « Toujours pour les apparences », lui répond Jérôme Kerviel. « Ah, ces fameuses apparences ! Enfin, ce sont des apparences qui vous transforment en faussaire », lâche Dominique Pauthe. Ce dernier est penché sur des mails forwardés par le trader dans lesquels il a enlevé le texte et copié un autre à la place. « J'ai fait des spec dans Eliot pour flager le produit en out », lit le président. « Alors, en français, ça donne quoi ? » Mis en difficulté sur ses opérations fictives, Jérôme Kerviel traverse un mauvais moment. Il a beau assurer que ses collègues Meskine et Rakotomalala faisaient des faux et que « si sa motivation était le bonus, en août 2007, il arrêtait », le juge Pauthe continue : « est-ce que le propre d'un trader, ce n'est pas d'être calculateur ? » Le procureur va lui jusqu'à qualifier Jérôme Kerviel d'« escroc ». Il faut attendre l'intervention de Me Richard, avocat des petits actionnaires, pour que la pression retombe un peu, lui qui s'amuse qu'« on a parfois l'impression qu'il y a cinq procureurs dans la salle, ce qui fait beaucoup, on en conviendra. »

Une amende de 4 millions

C'est ensuite au tour de Jean-Laurent Moisson de témoigner. Cet inspecteur à la Banque de France et chef de mission à la commission bancaire avait été mandaté au sein de la banque pour faire la lumière sur les circonstances de l'affaire Kerviel dès le 25 janvier 2008. Rappelant que les graves défaillances de contrôle interne relevées à la Société Générale lui ont valu une amende de 4 millions d'euros -une somme exceptionnelle à l'époque-, il évoque aussi des fraudes du même type décelées au premier semestre 2007. Me Metzner saisit l'occasion et lui fait dire que l'inspection générale de la banque avait déjà enquêté et rendu un rapport en juin 2007 sur un incident datant du premier trimestre. Or les recommandations qui s'en sont suivies n'ont pas été appliquées. «De cette façon là, Kerviel a permis à la banque de faire des progrès », conclut Jean-Laurent Moisson. Le deuxième témoin, chargé de la même mission que lui, subit pour sa part un interrogatoire express, d'à peine quelques minutes. Avant que n'entre le troisième témoin, le plus attendu, Alain Declerck.

Qu'est-ce qu'un "echupo" ?

Le responsable du desk de Jérôme Kerviel jusqu'en janvier 2007 est le seul à permettre enfin au profane d'imaginer le quotidien d'un trader. L'homme de 34 ans revient longuement sur l'épisode Allianz de juillet 2005, lors duquel il s'est rendu compte que Jérôme Kerviel avait dépassé les limites autorisées. Une histoire qui s'est soldée par une simple remontrance. Le président s'en étonne : « donc, il n'y a eu aucune sanction ? C'est gentil... » Puis la salle est secouée d'un grand éclat de rire. Dominique Pauthe vient de réaliser qu'Alain Decleck ne sait pas ce qu'est un « echupo ». « Vous n'en avez jamais entendu parler ? Votre formation est à revoir ! » L'audience touche à sa fin vers 20 heures, après que Me Richard a réitéré sa demande d'auditionner Daniel Bouton, l'ancien patron de la Société Générale. Réponse jeudi matin.

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