Sous votre direction, BP a pris les risques les plus excessifs", a dit le démocrate Henry Waxman au début de l'audition. "BP a pris des raccourcis pour économiser un million de dollars par-ci, quelques heures ou jours par-là. Et maintenant, l'ensemble du golfe (du Mexique) en paie le prix."Cette attaque a donné le ton d'une séance difficile pour Hayward, dont les bévues et la volonté de minimiser l'ampleur de la catastrophe ont heurté l'opinion. A cela s'ajoute le fait que la perspective des élections de mi-mandat de novembre prochain aiguise les prises de position des parlementaires.
Les membres de la commission parlementaire ont reproché au groupe pétrolier basé à Londres d'avoir ignoré les mises en garde des entreprises partenaires et de ses propres employés, et choisi l'option de forage la plus rapide et la moins onéreuse, qui augmentait pourtant le risque de rupture du puits.
"PUITS DE CAUCHEMAR"
"Nous avons appris que les responsables de BP avaient reçu à plusieurs reprises des signaux faisant comprendre qu'il s'agissait - selon les termes d'un employé - d'un puits de cauchemar", a relevé le démocrate Bart Stupak.La déclaration préliminaire de Tony Hayward, durant laquelle il s'est dit "profondément désolé", a été interrompue par une femme dont les mains étaient peintes en noir et qui a crié à tue-tête: "Vous devriez être poursuivi pour crime, Tony." Après une lutte avec la police, elle a été évacuée de la salle.
Le directeur général de la compagnie pétrolière a déclaré que BP faisait son maximum pour contenir la marée noire provoquée par l'explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, qui a fait onze morts le 20 avril.
"L'explosion et l'incendie de Deepwater Horizon, ainsi que la marée noire qui s'en est suivie, n'auraient jamais dû se produire et je suis profondément désolé que cela ait été le cas", a dit Tony Hayward.
"Je pense que tous les accidents sont évitables", a-t-il déclaré par ailleurs tout en précisant n'avoir décelé aucun comportement imprudent au sein de son entreprise.
Le patron de BP a refusé plusieurs fois de donner des précisions concernant les enquêtes sur la marée noire. Il a estimé qu'il était trop tôt pour expliquer les causes de cet accident.
Il a également répété qu'il n'était pas impliqué dans les décisions prises au sujet de l'équipement et des méthodes utilisés pour creuser le puits dans le golfe du Mexique.
Henry Waxman l'a interrompu: "Vous n'assumez pas vos responsabilités. Vous bottez en touche."
Plusieurs parlementaires se sont dits déçus des réponses de Tony Hayward et l'ont accusé de rester évasif.
Bob Abbey, qui dirige le service fédéral de gestion des minerais, a par ailleurs indiqué lors de son audition par une autre commission du Congrès que les compagnies pétrolières devraient "sans aucun doute" passer en revue et amender leurs plans d'action pour faire face aux marées noires au regard de ce qui s'est passé dans le golfe du Mexique.
Pendant que Tony Hayward était entendu à Washington, les efforts se poursuivaient en mer pour collecter le pétrole qui continue à s'échapper du puits endommagé.
Un deuxième système de confinement qui permettrait de porter la capacité de captage à 28.000 barils par jour a été mis en place mercredi.
Selon l'amiral des garde-côtes Thad Allen, chargé de superviser les opérations de lutte contre la marée noire pour le gouvernement, la quantité de pétrole récupérée devrait s'élever à 28.000 barils par jour "en début de semaine prochaine" grâce à ce nouveau système, contre 18.600 barils pour la journée de mercredi.
Selon une nouvelle estimation, le volume total de fuite est de l'ordre de 35.000 à 60.000 barils par jour (soir 5,56 à 9,52 millions de litres).
Le groupe pétrolier a accepté mercredi de créer un fonds de 20 milliards de dollars pour couvrir les dommages causés par la marée noire.
L'accord sur la création de ce fonds de réserve a été annoncé mercredi par le président Barack Obama après quatre heures de discussions entre responsables de l'administration américaine et représentants de la compagnie BP.
En marge d'un Conseil européen à Bruxelles, le Premier ministre britannique David Cameron a assuré jeudi que BP ferait face à ses obligations financières pour le nettoyage du golfe du Mexique, tout en soulignant que le géant pétrolier avait aussi besoin de précisions sur son avenir.
"Ce que veut BP, c'est de la clarté et des certitudes concernant son avenir, de façon à rester une entreprise solide et stable", a-t-il déclaré.
Quelque 190 kilomètres de côtes ont été souillés par la marée noire, l'industrie de la pêche et le secteur du tourisme ont été lourdement pénalisés, tandis que la faune et la flore du golfe du Mexique et des Etats côtiers sont en péril.
Avec Tom Bergin à Londres, Wilfrid Exbrayat, Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français
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