Interrogé pendant deux heures, debout au micro, beaucoup plus à l'aise que la veille, toujours dans son costume sombre mais sans cravate, le jeune homme de 33 ans a admis ce qu'il avait déjà reconnu : il a exagéré, pulvérisé les limites, pris des «engagements fictifs». Il a aussi répété que sa hiérarchie savait et encourageait les «stratégies de trading» qui rapportent de l'argent.
Les limites dépassées «quasiment tous les jours»
Jérôme Kerviel encourt cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende, pour abus de confiance, faux et usage de faux et introduction frauduleuse de données dans un système informatique.
Après une première journée mardi qui avait effleuré différents aspects du dossier, le tribunal a creusé la question des «limites» supposées posées aux engagements des traders de la Société Générale, et leurs «dépassements».
Selon la banque, le cumul des risques pris par les traders ne devait pas dépasser 125 millions d'euros.
Les limites étaient dépassées «quasiment tous les jours», a rétorqué Jérôme Kerviel. «On recevait un mail (...) mais on n'avait jamais de remontrance». Et pour ajuster artificiellement ses positions, il saisissait «des opérations fictives». «Les techniques, le système, je ne les ai pas inventés», a-t-il dit.
Les accusations de l'ancien gendarme des marchés financiers
Avant son interrogatoire, un témoin, Jean-François Lepetit, 68 ans, ancien président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), avait chargé le prévenu.
Il a comparé Jérôme Kerviel à «un somnambule dans un champ de tir», se disant «pas convaincu qu'il ait bien compris ce qui se passait autour de lui». Pour lui, contrairement à ce que Kerviel affirme, ses supérieurs ou les contrôleurs ne pouvaient pas facilement connaître les prises de positions spéculatives trop risquées des traders. «Dans une salle des marchés, il y a des millions d'opérations, des erreurs tout le temps, et la première réaction des services de contrôle n'est pas de penser à une fraude, mais de chercher à expliquer les écarts constatés pour les corriger», explique Jean-François Lepetit.
Outre le témoignage de Jean-François Lepetit, les citations de Jean-Pierre Mustier, ancien patron de la banque de financement et d'investissement de la Société Générale (SG CIB), où travaillait Jérôme Kerviel, est particulièrement attendu.
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