jeudi 17 juin 2010

La crise humanitaire menace au Kirghizistan

Le Kirghizistan est plongé dans un conflit interethnique dramatique. Dans le sud de ce pays d'Asie centrale, les violences ont fait au moins 191 morts et près de 2.000 blessés depuis une semaine. De plus, l'Organisation des nations unies (ONU) estime à "au moins 400.000" les personnes réfugiées et déplacées. Le nombre de réfugiés en Ouzbékistan est, quant à lui, passé à 100.000 personnes, "en comptabilisant seulement les adultes", précise l'ONU, laissant entendre que le chiffre devrait être nettement supérieur une fois que les enfants y seront intégrés.
Les témoignages recueillis et les dégâts observés ces derniers jours par des journalistes dans le sud du Kirghizistan suggèrent que les Ouzbeks ont été victimes de pogroms organisés. À Och, deuxième ville du Kirghizistan où les violences ont commencé il y a une semaine, à Djalal-Abad et dans les camps de réfugiés en Ouzbékistan, les témoignages concordent : des blindés ont ouvert la voie à des milices armées qui ont saccagé les quartiers ouzbeks dans des attaques coordonnées. Les quartiers à majorité kirghize sont restés quasi intacts, alors que dans ceux de la minorité, des centaines de maisons ont été détruites jusqu'à leurs fondations après avoir été pillées. Très organisés, les blindés ont tiré des projectiles incendiaires pour brûler les habitations, alors que des hommes armés de Kalachnikov tiraient sur les habitants qui tentaient d'éteindre les incendies.
Les agences onusiennes mobilisées
Mais selon des analystes et le gouvernement provisoire du pays, le facteur ethnique n'est pas le seul responsable des violences. Le gouvernement a une nouvelle fois accusé mercredi le clan du président Kourmanbek Bakiev, renversé en avril par un soulèvement, d'être à l'origine des troubles. Une version des faits corroborée par le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme pour qui ces violences pourraient avoir pour origine des "intentions politiques et peut-être même criminelles", selon le porte-parole du Haut Commissariat, Rupert Colville.
Face à cette situation humanitaire de crise, les agences onusiennes se sont mobilisées pour augmenter leur aide. Un avion cargo du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) est arrivé mercredi à Andijan avec 800 tentes, suivi d'un deuxième sur un total de six appareils qui doivent apporter au total 240 tonnes d'aide d'ici à la fin de la semaine, selon le HCR. Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) a de son côté envoyé sept camions avec des kits santé d'urgence, tandis qu'une équipe médicale de l'ONG Médecins sans frontières est présente depuis le 14 juin pour estimer les besoins, souligne encore l'ONU.
40 tonnes de biscuits énergétiques
Le Comité international de la Croix-Rouge, qui a qualifié d'"immense" la crise humanitaire, a annoncé mercredi l'arrivée à Andijan de 40 tonnes de biscuits hautement énergétiques, ce qui constitue un premier pas pour l'assistance aux dizaines de milliers de réfugiés ouzbeks qui ont passé la frontière.
Sur le terrain diplomatique, le secrétaire général de l'ODKB, une alliance militaire menée par Moscou et réunissant plusieurs pays de l'ex-URSS, a indiqué jeudi qu'il n'était "pas question" d'envoyer une force de maintien de la paix au Kirghizistan. En revanche, a précisé Nikolaï Bordiouja, l'organisation pourrait y dépêcher des "spécialistes" antiémeute. De leur côté, les États-Unis - qui vont fournir une aide humanitaire de 6,5 millions de dollars au Kirghizistan - ont envoyé un émissaire dans cette région capitale pour Washington, qui dispose au Kirghizistan d'une base militaire stratégique pour ses opérations en Afghanistan.

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